À l’embouchure du fleuve Casamance, un chapelet de petites îles façonne depuis des siècles l’identité écologique, économique et culturelle du sud du Sénégal. Carabane, Ehidj, Diogué, Niomoune ou encore Saloulou ne sont pas de simples territoires isolés : elles constituent des écosystèmes vivants, étroitement liés aux mangroves, aux bolongs et à l’océan Atlantique. Aujourd’hui, ces îles de la Basse Casamance se trouvent en première ligne du changement climatique mondial.
L’élévation du niveau de la mer, l’intensification de l’érosion côtière et la salinisation des terres et des nappes phréatiques fragilisent durablement les moyens de subsistance des communautés insulaires. Selon les derniers rapports du GIEC (IPCC), les Small Islands figurent parmi les territoires les plus vulnérables aux chocs climatiques, en raison de leur faible altitude, de leur dépendance aux ressources naturelles et de capacités d’adaptation souvent limitées.
Cet article propose une analyse technique et scientifique de la vulnérabilité des petites îles de la Basse Casamance, tout en mettant en lumière les solutions communautaires portées par le Réseau des Îles de Basse Casamance, acteur clé de l’adaptation climatique locale.
1. La Basse Casamance : un territoire insulaire à haute sensibilité climatique
1.1. Un système deltaïque fragile
La Basse Casamance est caractérisée par :
- des îles de faible altitude (souvent < 2 mètres au-dessus du niveau de la mer),
- une forte dynamique estuarienne (marées, courants, sédimentation),
- une dépendance aux écosystèmes de mangrove pour la pêche, la riziculture et la protection côtière.
Ce contexte géographique rend les îles particulièrement sensibles aux perturbations climatiques, notamment à la montée du niveau marin et à la variabilité hydrologique.
1.2. Ce que dit le GIEC sur les « Small Islands »
Les rapports du GIEC AR6 (2022–2023) soulignent que :
- le niveau moyen des mers pourrait augmenter de 0,44 à 0,76 m d’ici 2100 selon les scénarios,
- les petites îles subissent des impacts climatiques disproportionnés, même sous des scénarios de réchauffement limités à +1,5 °C,
- l’adaptation communautaire est l’un des leviers les plus efficaces lorsque les solutions sont ancrées localement.
La situation des îles de la Basse Casamance s’inscrit pleinement dans ces constats globaux.
2. Érosion côtière au Sénégal : une menace directe pour les îles de Casamance
2.1. Mécanismes de l’érosion côtière
L’érosion côtière au Sénégal résulte de la combinaison de plusieurs facteurs :
- élévation du niveau de la mer,
- augmentation de l’énergie des vagues et des tempêtes,
- dégradation des mangroves,
- pressions anthropiques (prélèvement de sable, aménagements non planifiés).
En Basse Casamance, ces phénomènes provoquent un recul progressif du trait de côte, menaçant :
- les habitations,
- les infrastructures communautaires (écoles, quais, forages),
- les terres agricoles.

2.2. Impacts observés sur les petites îles
Sur plusieurs îles, on observe déjà :
- la disparition de plages protectrices,
- l’effondrement de berges,
- le déplacement forcé de certaines familles.
Ces dynamiques renforcent la précarité foncière et accentuent les risques de migrations climatiques internes.
3. Salinisation des terres et intrusion saline : une crise silencieuse
3.1. Intrusion saline dans les nappes phréatiques
L’élévation du niveau marin favorise l’intrusion saline dans les nappes d’eau douce. En Casamance insulaire, cela se traduit par :
- une salinité croissante de l’eau des puits,
- une raréfaction de l’eau potable,
- des risques sanitaires accrus.

3.2. Salinisation des sols agricoles
La salinisation des terres affecte directement la riziculture insulaire, pilier de la sécurité alimentaire locale. Les conséquences incluent :
- baisse des rendements agricoles,
- abandon de certaines rizières,
- dépendance accrue aux importations alimentaires.
Les études récentes (post-2022) sur les zones deltaïques d’Afrique de l’Ouest confirment une accélération de ces processus sous l’effet combiné du climat et des usages des sols.
4. Adaptation climatique communautaire : des solutions existent
4.1. Ce que recommande la science
Le GIEC insiste sur plusieurs leviers d’adaptation climatique communautaire pour les îles :
- restauration des écosystèmes côtiers (mangroves, herbiers),
- gestion intégrée des ressources en eau,
- diversification des moyens de subsistance,
- gouvernance locale inclusive.
Ces approches sont particulièrement pertinentes pour la résilience insulaire en Basse Casamance.

5. Le rôle stratégique du Réseau des Îles de Basse Casamance
Le Réseau des Îles de Basse Casamance se positionne comme un acteur de terrain central, travaillant au plus près des communautés insulaires.
5.1. Axes d’intervention
Ses actions s’articulent autour de :
- la restauration et la protection des mangroves comme barrières naturelles contre l’érosion,
- la sécurisation de l’accès à l’eau douce (forages, solutions solaires, gestion communautaire),
- l’accompagnement des femmes et des jeunes dans des activités génératrices de revenus durables,
- le plaidoyer pour une meilleure intégration des îles dans les politiques climatiques nationales.
5.2. Une approche partenariale
Le Réseau collabore avec :
- les collectivités locales,
- des ONG nationales et internationales,
- des chercheurs et experts du développement durable,
- des bailleurs engagés dans l’adaptation climatique et la justice environnementale.
Cette approche multisectorielle renforce l’impact et la durabilité des interventions.
Investir aujourd’hui pour préserver les îles de demain
La vulnérabilité des petites îles de la Basse Casamance n’est pas une projection lointaine : elle est déjà une réalité vécue quotidiennement par les communautés. Pourtant, ces territoires ne sont pas condamnés.
Les données scientifiques du GIEC, combinées aux savoirs locaux et aux initiatives portées par le Réseau des Îles de Basse Casamance, démontrent qu’une adaptation climatique communautaire, inclusive et fondée sur les écosystèmes, est possible.
ONG, bailleurs, investisseurs à impact : soutenir les îles de la Basse Casamance, c’est investir dans des solutions concrètes, reproductibles et alignées avec les objectifs globaux de développement durable. L’avenir de ces îles se joue maintenant et il peut encore être résilient.

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